LES NOMS DE LIEUX


LA TOPONYMIE FRANÇAISE
LES BASES PRÉ-INDO-EUROPÉENNES

Dans son ouvrage « Les noms de lieux » dont la première édition date de 1945, Charles Rostaing nous apprend que dès le début des années 30, les savants linguistes ont étudié les « fossiles » toponymiques issus du groupe des langues dites « méditerranéennes » d'où proviennent les « bases » pré-indo-européennes.

L'une de ces premières études a porté sur le terme ganda- qui signifie « terrain rocailleux » et amena à se pencher sur la base pré-indo-européenne KAR(R)A/GAR(R)A « pierre» et ainsi qu'à ses dérivés kar-, kal-.

Appliqué à la toponymie de la France, le principe du système linguistique du pré-indo-européen, situé entre l'indo-européen et le sémitique, permet à cette base de revêtir les formes kal-, gal-, kar-, gar- et aussi al-, ar, après la chute de la consonne initiale, phénomène normalement admis, en grec par exemple.

La forme kar- (qui peut particulièrement nous intéresser dans le cadre de nos recherches) apparaît sous sa forme simple dans Carry (Bouches du Rhône) appelé Incarus dans l'Itinéraire Maritime (= in Carus).
Nous retrouvons là une racine qui nous est familière puisque c'est celle de CarusBurc : Cherbourg.

kar- a aussi donné naissance aux multiples Cheiron, Chéron, Chiron éparpillés sur tout le territoire et bien sûr en particulier au nom du département du Cher dont Bourges est la préfecture.

Cette base a été productive dans le Midi de la France où nous pouvons relever en Provence, entre autres, Carros (Alpes Maritimes), Caronte (nom d'un étang aux rives rocheuses situé dans les Bouches du Rhône), Caromb (Vaucluse), Carnoules(Var) et Cassis (Bouches du Rhône) : tous ces villages sont bâtis sur des rochers ou au pied de rochers.
En composition, kar- apparaît dans Carcassonne (Carcassonna, César): la position de la ville sur son roc justifie le premier élément même si le second reste encore obscur.

kar- a aussi donné naissance aux noms en queyr et en quer comme Queyras et Quéribus, ce qui ne sera pas pour nous déplaire !

La forme Gal- ne paraît pas avoir été très productive en France même si elle est probablement à la base de Gaube, nom d'un lac dans les Pyrénées.

Gar- se retrouve dans le nom du pic du Gar (Pyrénées), dans La Garoupe, hauteur qui domine le cap d'Antibes, et dans l'appellatif garrigue si fréquent dans tout le Midi.

La forme réduite Al- a donné naissance d'abord au nom des Alpes , puis à une variante Alba, connue dès l'Antiquité et assez fréquente : Albe, la célèbre ville rivale de Rome.
Là aussi, nous ne manquerons pas de faire le rapprochement avec le titre de notre énigme 600 !

(d'après « Les Noms de Lieux » de Charles Rostaing. Collection « Que sais-je ? ». P.U.F.)